Le lierre grimpant, ou Hedera helix, est une plante qui intrigue par ses nombreuses facettes. Son nom est directement lié à sa capacité à s’attacher : hedera signifie « être attaché » et helix renvoie à « s’enrouler ». Ce qui est fascinant avec le lierre, c’est qu’il symbolise autant l’attachement que le détachement, au sens propre comme au figuré. Attaché aux murs, arbres et clôtures, il devient une plante-clé de nos jardins. Paradoxalement, ses feuilles sont également utilisées pour détacher le linge sale, sous forme de lessive maison. Mais entre ces deux rôles, se cache un monde où le lierre joue un rôle crucial pour la faune, l’écosystème et même pour nous, les humains.
Une mauvaise réputation héritée de l’Antiquité
Malgré ses nombreux bienfaits, le lierre a longtemps traîné une mauvaise réputation. Dionysos et Bacchus, les dieux du vin et de la folie dans la mythologie, étaient souvent représentés avec des couronnes de lierre. Leurs adeptes, les Ménades, consommaient des baies de lierre pour entrer en transe, bien que ces dernières soient hautement toxiques. Déjà, à cette époque, le lierre était vu comme une plante qui étouffe et détruit.
Des auteurs comme Théophraste et Pline l’Ancien accusaient le lierre d’étouffer les arbres et de s’introduire dans les tombes et les murs, donnant à cette plante une connotation mortifère. Cette idée que le lierre « étouffe » les arbres et détruit les murs a perduré jusqu’à aujourd’hui. Cependant, la science moderne prouve que cette vision est largement exagérée. Le lierre ne parasite ni les arbres ni les murs sains ; il ne fait que profiter des fissures déjà présentes. En réalité, il peut même offrir une protection aux murs, en les protégeant des intempéries et en absorbant l’humidité au pied des structures.
Un cycle de vie décalé
Contrairement à la plupart des plantes des climats tempérés, le lierre a un cycle de vie inversé. Il fleurit en automne, à une époque où les autres plantes entrent en dormance, et produit des fruits en fin d’hiver. Ce décalage temporel est particulièrement précieux pour l’écosystème. Les insectes et les oiseaux qui manquent de ressources alimentaires en hiver trouvent dans le lierre un refuge et une source de nourriture.
Ses feuilles, qui se chargent de sucres et de protéines à l’approche de l’hiver, lui permettent de résister au froid et de maintenir une activité végétative tout au long de la saison froide. Ainsi, le lierre devient une source inestimable de nourriture pour la faune lorsqu’il y a pénurie ailleurs.
Un refuge pour les oiseaux
Les oiseaux tirent un immense bénéfice du lierre. Au printemps, de nombreuses espèces y nichent. Grâce à son feuillage dense, le lierre offre une protection naturelle contre les prédateurs et les intempéries, tout en régulant la température. Parmi les espèces d’oiseaux qui profitent du lierre, on trouve les rouges-gorges, les merles, les fauvettes, les pigeons et même certaines chouettes comme la chouette hulotte.
En hiver, les fruits du lierre deviennent une source précieuse pour les oiseaux frugivores. Dans un paysage où les autres sources de nourriture sont rares, ces baies assurent leur survie. L’épaisseur du lierre devient alors une question cruciale : plus le lierre est dense, plus il abrite une faune diversifiée.
Une manne pour les insectes
Le cycle de vie décalé du lierre offre également des avantages aux insectes. En automne, alors que la plupart des fleurs ont disparu, le lierre devient l’une des rares sources de nectar. Il attire ainsi une foule d’insectes pollinisateurs : abeilles, bourdons, papillons… Et ce n’est pas tout, le lierre accueille une incroyable diversité d’espèces d’insectes. Il constitue également une plante-hôte pour certains papillons comme l’azuré des nerpruns, ainsi qu’un refuge pour des insectes hivernants comme les coccinelles.
Par ailleurs, la stabilité de son feuillage, qui ne se renouvelle que tous les six ans, en fait un abri sûr pour de nombreux insectes. En septembre et octobre, le lierre bourdonne littéralement sous l’effet de l’activité des abeilles. C’est une période cruciale pour elles avant l’hiver, et le miel produit à partir de cette floraison, bien que peu apprécié des humains, est une ressource clé pour les colonies d’abeilles.
Le lierre et les arbres : une collaboration méconnue
Le lierre a longtemps souffert d’une mauvaise réputation, notamment en ce qui concerne sa relation avec les arbres. Le mythe populaire veut que le lierre étouffe les arbres, les affaiblisse et contribue à leur chute. Pourtant, cette vision est loin de la réalité. Bien que l’image d’un arbre recouvert de lierre puisse donner l’impression que la plante prend le dessus, la réalité est tout autre. Le lierre, loin d’être un parasite, forme en réalité une relation bénéfique avec les arbres, une sorte de collaboration que l’on appelle le mutualisme.
Un malentendu historique : le « bourreau des arbres »
Pendant des siècles, le lierre a été surnommé à tort le « bourreau des arbres ». Cette idée vient probablement du fait que le lierre grimpe sur les arbres en utilisant des crampons, donnant l’impression qu’il « s’accroche » pour les étrangler, un peu à la manière des lianes tropicales comme le figuier étrangleur. Cependant, contrairement à ces plantes, le lierre ne pénètre pas dans les tissus de l’arbre et n’interfère pas avec son système vasculaire. Ses crampons ne sont là que pour lui permettre de grimper à la recherche de lumière, et il ne prélève aucune ressource directement sur l’arbre.
Ce malentendu vient souvent d’une confusion entre la cause et l’effet. Il est fréquent de voir du lierre sur des arbres affaiblis ou malades, ce qui a conduit à croire que c’est le lierre qui les tue. En réalité, c’est souvent l’inverse : l’arbre est déjà fragilisé, et le lierre profite de cet affaiblissement pour se développer plus rapidement. Ce n’est pas le lierre qui affaiblit l’arbre, mais bien l’arbre qui était déjà affaibli avant que le lierre ne prenne l’ascendant.
Un support, pas un parasite
Le lierre utilise les arbres pour grimper, mais il ne leur nuit pas directement. En effet, il ne pénètre pas dans les tissus de l’arbre et ne se nourrit pas de sa sève, contrairement aux véritables parasites. Les crampons du lierre, bien que solides, ne pénètrent pas l’écorce et ne nuisent pas au flux de sève. Ils se contentent d’adhérer à la surface pour permettre à la plante de grimper en hauteur.
Cette distinction est importante, car elle montre que le lierre n’est pas un parasite, mais plutôt une plante opportuniste. Il tire avantage de la hauteur et de la structure de l’arbre pour atteindre la lumière du soleil, mais sans nuire directement à son hôte. On pourrait presque dire que l’arbre et le lierre cohabitent, chacun suivant son propre cycle sans gêner l’autre.
Des avantages pour l’arbre
En fait, cette cohabitation présente plusieurs avantages pour l’arbre :
- Protection contre les intempéries : le lierre, en couvrant le tronc de l’arbre, joue un rôle de bouclier naturel contre les éléments. Il protège l’écorce du gel en hiver et de la chaleur excessive en été. De plus, il peut limiter les dommages causés par le vent ou la pluie, en agissant comme un isolant naturel.
- Réduction de la pollution : le lierre a la capacité de capturer des particules de poussière et d’autres polluants présents dans l’air, améliorant ainsi la qualité de l’air autour de l’arbre. Dans un environnement urbain, par exemple, il agit comme un purificateur d’air naturel, bénéfique non seulement pour l’arbre, mais aussi pour les habitants des environs.
- Protection contre les herbivores : les animaux comme les cerfs, les chèvres ou les moutons peuvent grignoter les jeunes pousses et l’écorce des arbres, affaiblissant ainsi les troncs. Le lierre, en recouvrant le tronc, rend l’écorce moins accessible à ces herbivores, offrant ainsi une forme de protection naturelle.
- Protection contre les incendies : dans certaines régions où le risque d’incendie est élevé, la couverture dense du lierre peut agir comme une barrière protectrice. Les feuilles du lierre, bien que combustibles, retiennent de l’humidité et peuvent ralentir la propagation du feu sur le tronc de l’arbre.
- Stabilisation des sols : le lierre qui couvre le sol autour de l’arbre aide à prévenir l’érosion. Ses racines, bien que superficielles, forment un réseau dense qui maintient la terre en place, ce qui est particulièrement utile sur les pentes et les zones sujettes à l’érosion. De plus, les feuilles mortes du lierre créent un paillis naturel qui améliore la qualité du sol en se décomposant, favorisant ainsi la croissance des arbres.
Une coexistence harmonieuse
Le lierre et l’arbre ne sont pas en compétition pour les ressources. Le lierre pousse principalement en automne et en hiver, lorsque l’arbre est en dormance. L’arbre, quant à lui, concentre sa croissance au printemps et en été, période durant laquelle le lierre ralentit son développement. Cette répartition des cycles de vie permet aux deux espèces de coexister sans se nuire.
Cependant, certaines précautions doivent être prises lorsque le lierre devient trop envahissant. Dans les cas où un arbre est déjà affaibli, le poids supplémentaire du lierre, surtout en hiver lorsqu’il retient la neige, peut parfois représenter une charge trop lourde pour l’arbre. Il est donc recommandé de surveiller régulièrement la croissance du lierre sur des arbres en mauvaise santé et d’intervenir si nécessaire pour limiter son développement.
Faut-il enlever le lierre des arbres ?
Dans la plupart des cas, il n’est pas nécessaire d’enlever le lierre des arbres sains. Toutefois, sur des arbres très fragiles ou sur des arbres fruitiers, il peut être utile de contrôler la croissance du lierre pour éviter que la plante ne pèse trop lourd sur les branches ou ne rende le tronc trop humide. Il est également recommandé de surveiller le développement du lierre sur les jeunes arbres, qui n’ont pas encore la force nécessaire pour supporter son poids.
Si l’on souhaite retirer le lierre, il est important de ne pas simplement l’arracher, car cela pourrait endommager l’écorce de l’arbre. La meilleure méthode consiste à couper les tiges à la base et à laisser les parties aériennes mourir naturellement avant de les retirer délicatement.
Une plante bénéfique pour les arbres et pour l’environnement
En conclusion, loin d’être un « bourreau des arbres », le lierre est un allié pour les arbres et l’écosystème dans son ensemble. Il joue un rôle de protecteur en offrant une barrière contre les intempéries, les herbivores et la pollution. De plus, sa capacité à stabiliser les sols et à améliorer la qualité de l’air en fait une plante précieuse, notamment dans les environnements urbains.
Il est important de démystifier l’image du lierre comme un parasite nuisible. Si certains cas nécessitent une gestion de sa croissance, la plupart du temps, il contribue à la santé globale de l’arbre et de son environnement.
Un abri pour les mammifères
Le lierre n’est pas seulement un refuge pour les oiseaux et les insectes, il attire également les mammifères. Les chauves-souris y trouvent un abri, tandis que les martres, les fouines et même les écureuils y trouvent une source de nourriture. Certains petits prédateurs, comme les renards, viennent aussi s’y cacher.
Le lierre au service des humains
En plus de son rôle écologique, le lierre offre des bénéfices pratiques pour les humains. L’une de ses utilisations les plus connues est sa capacité détergente. Ses feuilles contiennent des saponines, des substances naturelles aux propriétés moussantes et nettoyantes. Cela en fait une base parfaite pour une lessive écologique.
Recette de lessive au lierre :
- Récoltez une cinquantaine de feuilles de lierre fraîches.
- Puis, faites-les bouillir dans une casserole d’eau pendant 15 minutes.
- Laissez ensuite refroidir 24 heures.
- Enfin, filtrez le liquide et conservez-le dans une bouteille en verre.
Cette lessive, 100 % naturelle, est non seulement efficace, mais elle a également l’avantage d’être respectueuse de l’environnement.
Propriétés médicinales du lierre
Le lierre grimpant (Hedera helix), plante commune en Europe, possède diverses propriétés médicinales, utilisées principalement en phytothérapie. Voici les parties utilisées et leurs propriétés médicinales :
Partie utilisée : les feuilles de lierre
Ce sont les feuilles du lierre qui sont majoritairement exploitées pour leurs bienfaits. Elles sont riches en saponines, un type de molécules aux propriétés expectorantes et anti-inflammatoires.
Propriétés médicinales :
- Expectorant et antitussif : Les feuilles de lierre sont souvent utilisées pour soulager la toux, en particulier la toux grasse. Elles facilitent l’expulsion des sécrétions bronchiques en fluidifiant le mucus.
- Antispasmodique : Le lierre possède des propriétés relaxantes pour les muscles lisses des voies respiratoires, ce qui aide à calmer les spasmes bronchiques, particulièrement chez les personnes souffrant de bronchite ou d’asthme.
- Anti-inflammatoire : Les extraits de lierre sont aussi utilisés pour traiter certaines inflammations, principalement celles liées aux voies respiratoires.
- Antifongique et antibactérien : Le lierre présente des propriétés pour lutter contre certaines infections fongiques et bactériennes, bien que cette utilisation soit moins courante en médecine populaire.
- Usage externe (cicatrisant et anti-cellulite) : Sous forme de pommades ou de crèmes, le lierre est parfois appliqué sur la peau pour soigner les brûlures, les plaies ou comme traitement anti-cellulite. Il stimule la circulation sanguine et favorise la régénération tissulaire.
Précautions d’emploi :
Le lierre est toxique lorsqu’il est consommé en grande quantité ou sous forme brute. Les préparations doivent être faites avec précaution et de préférence sous forme d’extraits standardisés ou de produits pharmaceutiques.
Formes courantes d’utilisation :
- Infusion ou décoction (feuilles séchées pour traiter les voies respiratoires)
- Extraits liquides ou secs (gélules, sirops)
- Crèmes ou pommades (usage externe)
Il est recommandé de consulter un professionnel de santé avant d’utiliser le lierre à des fins thérapeutiques, car son usage doit être maîtrisé pour éviter tout effet indésirable.
Le lierre au jardin
Le lierre grimpant peut être utile au jardin comme solution naturelle contre certains insectes.
Voici comment le lierre peut être intégré au jardin :
Insecticide naturel :
Les feuilles de lierre contiennent des saponines, des composés aux propriétés insecticides naturelles. Voici comment le lierre peut être utilisé comme insecticide :
- Préparation d’une décoction de lierre :
- Récoltez environ 500 g de feuilles fraîches de lierre.
- Faites bouillir ces feuilles dans 5 litres d’eau pendant environ 30 minutes.
- Laissez refroidir, filtrez le mélange, puis pulvérisez-le sur les plantes infestées d’insectes comme les pucerons, les cochenilles, ou les aleurodes.
- Répétez l’application si nécessaire, mais surveillez les réactions des plantes.
Ce traitement naturel est respectueux de l’environnement et permet de lutter contre les nuisibles sans avoir recours aux produits chimiques. Cependant, il est recommandé de l’utiliser de manière ponctuelle. Également, tester sur une petite portion des plantes avant une application générale.
Utilisation comme plante ornementale :
Le lierre est couramment utilisé pour :
- Couvrir des murs : Il grimpe rapidement sur les surfaces verticales, apportant une couverture verte esthétique.
- Harmoniser les espaces ombragés : Le lierre est une plante particulièrement résistante à l’ombre, idéale pour couvrir des zones peu exposées au soleil.
- Stabilisation des sols : Il aide à prévenir l’érosion des sols en maintenant la terre grâce à son système racinaire dense.
Avantages pour la biodiversité :
Le lierre favorise la biodiversité au jardin. En fournissant un abri et de la nourriture, il attire les insectes, les oiseaux, et même certaines espèces de chauves-souris. Ses fleurs nectarifères sont une source précieuse de nourriture pour les abeilles en automne, lorsque peu d’autres plantes sont en fleurs, et ses baies nourrissent les oiseaux en hiver.
Précautions à prendre avec le lierre au jardin :
- Contrôle de la croissance : Le lierre est une plante vigoureuse qui peut devenir envahissante. Il est important de tailler régulièrement pour éviter qu’il n’étouffe d’autres plantes ou endommage les murs et toitures s’il grimpe de manière incontrôlée.
- Éviter le contact direct avec les jeunes plantes : Le lierre peut parfois être trop compétitif pour les jeunes plantes ou arbres.
Le lierre est donc non seulement un atout esthétique au jardin, mais peut aussi jouer un rôle dans la lutte contre certains insectes nuisibles, tout en favorisant un écosystème sain et diversifié.
Précautions d’usage
Malgré ses nombreuses qualités, le lierre n’est pas sans risques.
Ses baies, bien que très utiles aux oiseaux, sont hautement toxiques pour les humains, notamment les enfants. De plus, sa sève peut provoquer des réactions allergiques. On recommande donc de porter des gants lors de sa manipulation.
Le lierre a longtemps été mal compris. Toutefois, il se révèle être une plante aux multiples bienfaits, tant pour la biodiversité que pour les humains.
En effet, il offre un abri et une source de nourriture pour de nombreuses espèces. De plus, il protège les arbres et peut même servir à des usages domestiques et médicinaux. Cependant, comme toute plante, vous devez le manipuler avec soin en respectant ses propriétés potentiellement dangereuses. Respecter et comprendre le lierre, c’est en quelque sorte renouer avec une partie essentielle de notre écosystème.