Le blaireau européen, ou Meles meles, est un animal fascinant, souvent méconnu du grand public malgré sa présence discrète dans nos environnements. Nocturne et inoffensif, il vit la plupart du temps caché sous terre, dans des terriers élaborés, sans que nous en ayons forcément conscience. Cet article propose de mieux comprendre ce mammifère aux habitudes bien ancrées et de découvrir comment vivre en harmonie avec lui, même s’il s’invite dans nos jardins.
Le blaireau : un voisin discret
Impossible de confondre un blaireau avec un autre animal : son masque facial noir et blanc caractéristique est unique. Mais malgré cette apparence facilement reconnaissable, il demeure un animal que l’on croise rarement en raison de ses habitudes nocturnes. Il est principalement actif la nuit, ce qui lui permet de rester à l’abri des regards et d’éviter les rencontres avec les humains.
Le blaireau est un animal qui aime la tranquillité et les espaces boisés. Il privilégie les zones de lisières de forêts, les bocages et les haies denses pour établir son territoire. Il n’est donc pas rare de le croiser en périphérie des zones urbanisées, dans les jardins, sans même s’en apercevoir.
Un animal social, mais territorial
Bien qu’il soit souvent perçu comme solitaire, le blaireau est en réalité un animal très sociable, vivant en clans composés de plusieurs individus, généralement entre cinq et six, auxquels s’ajoutent les jeunes de l’année. Ces clans occupent un territoire souvent vaste, marqué par la présence de terriers. Ces derniers peuvent être de véritables labyrinthes souterrains, parfois occupés sur plusieurs générations, et s’étendent sur plusieurs centaines de mètres carrés.
Il existe deux types de terriers utilisés par le blaireau : le terrier principal, utilisé toute l’année et d’une grande complexité, avec plusieurs entrées, galeries et chambres. Il peut atteindre des profondeurs impressionnantes de 4 à 5 mètres. Puis, il y a les terriers secondaires, plus simples, occupés temporairement en fonction des besoins saisonniers de l’animal. Les terriers sont des structures cruciales pour leur bien-être, leur offrant non seulement un abri, mais aussi un lieu de reproduction et de repos.
Comment repérer la présence du blaireau ?
Repérer la présence d’un blaireau dans son jardin n’est pas toujours simple. Cependant, certains signes ne trompent pas. Parmi eux, les terriers, appelés « gueules », sont un indice évident. Ce sont des ouvertures en terre battue, parfois entourées de cônes de terre fine. Devant ces gueules, on peut parfois observer des débris de litière, car les blaireaux changent régulièrement leur litière pour garder leur habitat propre.
De plus, de petits sentiers appelés « coulées » relient les terriers entre eux, ces chemins sont créés par le passage répété des blaireaux. Si vous trouvez de tels chemins dans votre jardin, cela pourrait indiquer la présence de ce voisin nocturne.
Enfin, un autre signe distinctif de la présence du blaireau est ses excréments. Contrairement au renard, qui dépose ses crottes bien en vue, le blaireau utilise des « pots », des trous dans lesquels il enterre ses déjections. Ces pots servent à marquer son territoire.
Le blaireau au jardin : un allié involontaire ?
Si le blaireau peut sembler envahissant, notamment à cause de ses activités de fouissage dans le potager ou la pelouse, il est important de noter qu’il est aussi un allié précieux pour le jardinier. En fouillant le sol à la recherche de larves, de vers ou d’autres petites proies, le blaireau contribue à aérer le sol. Il aide ainsi les nutriments à mieux circuler et facilite la croissance des plantes. De plus, ses déjections sont riches en azote, un élément clé pour la fertilité du sol.
Sur le plan alimentaire, le blaireau est omnivore. Il consomme des insectes, des limaces, des escargots, et même de petits rongeurs, contribuant ainsi à réguler les populations de ces animaux souvent considérés comme nuisibles au jardin. Durant l’automne, il devient plus frugivore, se nourrissant de fruits, ce qui en fait un auxiliaire naturel du jardinier.
Comment limiter les dégâts du blaireau ?
Malgré ses aspects positifs, le blaireau peut aussi causer des dommages, surtout dans un jardin potager. Pour protéger les semis ou les jeunes plants, plusieurs astuces existent :
- Avoir un chien peut dissuader les blaireaux de s’aventurer trop près des zones cultivées.
- Poser un grillage au sol avant de planter peut empêcher l’animal de fouiller la terre à ces endroits.
- Installer des lampes clignotantes avec détecteurs de mouvement ou utiliser des répulsifs (comme des essences de citronnelle ou de piment) sont aussi des solutions efficaces pour éloigner le blaireau temporairement.
Certaines techniques plus douces consistent à l’attirer ailleurs. Par exemple, on peut laisser quelques fruits tombés du verger loin du potager, lui offrant une alternative alimentaire sans mettre en péril les cultures.
La protection du blaireau en France et ailleurs
Le blaireau est un animal chassable en France, bien que des mesures de protection existent. Depuis 1991, il n’est plus classé parmi les espèces « nuisibles ». Toutefois, une pratique controversée, la vènerie sous terre, ou déterrage, reste autorisée. Cette méthode, particulièrement cruelle, consiste à forcer les blaireaux à quitter leur terrier pour les abattre.
Des associations comme l’ASPAS et la LPO militent activement pour mettre fin à ces pratiques et obtenir le classement du blaireau comme espèce protégée, comme c’est déjà le cas dans plusieurs pays européens, tels que l’Allemagne, la Belgique ou encore le Royaume-Uni.
Des solutions pour cohabiter avec le blaireau
Face à l’expansion des zones urbanisées et aux modifications du paysage, le blaireau se retrouve souvent en conflit avec les activités humaines, notamment dans les zones agricoles. Pour autant, des solutions alternatives à la destruction existent. Des associations travaillent main dans la main avec des agriculteurs et des entreprises pour développer des méthodes permettant de dissuader les blaireaux d’occuper des zones sensibles, sans recourir à la violence.
Ces méthodes incluent la construction de terriers artificiels pour délocaliser les blaireaux loin des zones de danger, comme les digues ou les infrastructures routières. Dans certains cas, des dispositifs plus simples, comme des clôtures renforcées ou des filets, suffisent à prévenir les accidents.
Cohabiter avec le blaireau
Le blaireau européen, malgré sa réputation parfois négative, reste un allié du jardinier et un élément clé de notre biodiversité. Certes, il peut causer des désagréments ponctuels, mais il joue aussi un rôle écologique essentiel. Plutôt que de chercher à l’éliminer, il est préférable de trouver des solutions pour cohabiter avec lui, en modifiant nos pratiques de jardinage et en acceptant qu’il fasse partie de notre environnement naturel.
Ce grand fouisseur, discret et nocturne, n’est pas une menace pour nos jardins, mais plutôt un acteur essentiel de la vie sauvage qui mérite notre respect et notre protection.